Gartner CPM 2016

Gartner 2016  : le Magic Quadrant du CPM est sorti

Ce titre, on dirait un peu une réclame pour un film à petit budget. Il fera l’affaire pour un post qui restera probablement dans l’anonymat.

Il y a un peu plus d’un an j’écrivais un article sur le Magic Quadrant 2015 du Corporate Performance Management du Gartner et les enseignements que l’on pouvait en tirer. Cet article que vous pouvez retrouver en cherchant un peu ou en cliquant sur ce lien Saas CPM : Quels enseignements tirer du dernier Magic Quadrant du Gartner CPM 2015 prédisait l’avènement inexorable des acteurs du cloud mais aussi qu’il y aurait moult morts dans les rangs des challengers aux inamovibles leaders que sont Oracle, IBM et SAP dans ce domaine.

Force est de constater que la sélection naturelle est en marche, inexorablement dans ce domaine comme dans d’autres mais ce qui m’apparaît intéressant c’est justement de regarder le sujet avec un peu de recul.

Le Businnes Intelligence Gartner 2016 : un premier choc pour moi

Il y a quelques mois j’ai été interloqué de voir que le paysage des acteurs de la business intelligence avait complètement changé notamment avec Tableau et Qlik qui au côté de Microsoft, seul survivant, trustaient les places de leader dans ce domaine.

Pour toute personne évoluant dans ce monde depuis des années ce fut un choc, même si les prémices d’un changement profond et radical étaient devant nos yeux.

gartner 2016 Business Intelligence (BI)

Les bases de données en colonne, le self-service, la démocratisation à tout crins,l’émergence du mouvement Citizen Developer, le drag and drop à toutes les sauces et surtout l’annihilation des scripts et langages obscures que nos enfants jugeront totalement burlesques dans quelques années ont permis un accès simple et rapide à l’information. Pour aller plus loin, j’ai l’impression que nous avons aujourd’hui des solutions tellement simples à utiliser que nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel: trouver des réponses ou plutôt trouver des questions.

De temps à autres je regarde PowerBI de Microsoft et franchement ce produit me plait (j’imagine que ce serait le même résultat avec Tableau ou Qlik ou Domo). Pourquoi est-ce que j’aime ce ce produit?  Tout simplement parce que j’ai l’impression d’être plus intelligent (ce n’est pas très difficile diront certains de mes copains). J’ai l’impression de pouvoir faire plein de choses par moi-même sur de grosses volumétries de données en quelques clics.

Et si on analyse ce point avec un peu de recul et d’historique (mon anniversaire c’était hier), on peut faire un parallèle avec l’ascension de Microsoft SQL server.

La leçon de SQL Server : Merci de me rendre intelligent?

Au milieu des années 1990, Microsoft a fait un deal avec Sybase pour utiliser sous windows le moteur de base de données de cette société (aujourd’hui disparue et ingérée dans le cocon SAP).

Je travaillais dans une société de services et nous ne jurions que par Oracle à l’époque (version 7.1, 7.3, etc..) et évidemment toute base devait tourner sous Unix. D’ailleurs on se gaussait des fonctionnalités médiocres de SQL Server (une gestion calamiteuse des accès concurrents en 4.2) autant que de l’instabilité structurelle de Windows (le fameux écran bleu annonçant le reboot).

Aujourd’hui je pense que plus personne ne peut décemment dire que Microsoft n’a pas une vraie solution dans le domaine. Je n’ai pas regardé dans le Gartner 2016 des bases de données mais à mon avis Microsoft est tout en haut à droite avec Oracle.

Dans l’intervalle de temps, Microsoft a pris des parts de marché considérables pour une multitude de raisons l’hégémonie de Windows /office sur le poste client, la percée dans les serveurs (Windows NT, 2000 et consorts). Mais le vrai secret de cette réussite c’est d’avoir permis de considérablement abaisser le ticket d’entrée à la technologie et là je ne parle pas de prix. Il est devenu simple, graphique, de faire des choses qui n’étaient possibles qu’en lignes de commandes (je me demande si je saurais encore faire du VI, mis à part un ls).

vi sous NetBSD 6.1

En réalité personne n’est devenu intelligent mais par contre des milliers d’utilisateurs ont pu diminuer la barrière technique et la somme de connaissance nécessaire pour faire des choses rapidement et simplement.

C’est probablement 80% des besoins qui sont ainsi couverts.

Non, merci de me rendre autonome !

La vraie révolution est d’offrir la possibilité aux pauvres utilisateurs d’une technologie, quelle qu’elle soit, la possibilité de vivre sa vie sans avoir à appeler un expert.

Ce que veulent les utilisateurs c’est l’autonomie.

Il y a une chose qui m’a particulièrement frappée toutes ces années passées dans le domaine du conseil, du pilotage de la performance et de l’ERP: des solutions complexes sont venues répondre à des besoins complexes.

Un non-sens absolu.

Si répondre à un besoin de complexité par une solution complexe est le Graal alors c’est qu’on a rien compris.

En fait le débat peut se résumer ainsi: soit on décompose un problème en partie plus simple et on met en place une solution accessible en face soit on part dans une usine à gaz.

J’ai vu des projets en consolidation avec plusieurs (et quand je dis plusieurs, c’est du pluriel) milliers de jours de reprises de données historiques , des mises en place d’ERP si complexes (l’outil et l’intégration) que des boîtes ont failli en mourir, des solutions de reporting totalement centrée sur elles-mêmes pour le plaisir ou l’ambition de quelques-uns qui malgré des milliers d’heures de conduite du changement (il faut plutôt dire change management si vous vendez cette prestation, cela se facture plus cher, le top c’est de dire le Change) n’ont jamais été utilisée ou si peu que la charité m’empêche d’en parler.

Ce temps sont révolus ou le seront bientôt.

Think Different

 

J’ai discuté avec trois personnes très intéressantes et pourtant très différentes qui me viennent à l’esprit au moment où j’écris ces lignes.

L’art du compromis: vision versus réalité ou comment maximiser sous contraintes

L’une est dans l’IT et de ce que je peux voir a pris une stratégie de mettre en place des outils Saas tout en orchestrant la communication entre chacune d’entre-elles. C’est exactement ce à quoi je crois d’un point de vue des systèmes d’information et de l’évolution de la DSI. Il me semble de plus en plus clair que les monolithes soit disant tout intégrés n’ont plus aucun sens aujourd’hui mais qu’au contraire des solutions rapides à mettre en ouvre, économiques et surtout qui rencontre leurs publics  (on se croirait à Cannes) sont la réponse tant qu’on maîtrise les interactions entres-elles.

J’imagine à peine les trésors d’imagination nécessaires pour faire cohabiter des systèmes plus anciens (et qui parfois ne marchent pas) et l’audace nécessaire pour avancer à marche forcée vers l’avenir.

En réalité, et là on est très loin du magic quadrant du gartner 2016 pour le cpm, le job c’est de choisir la solution qui convient à un besoin avec les contraintes diverses et variées d’un existant. Evidemment cela suppose une vision mais plus encore un véritable don pour la diplomatie: entre les utilisateurs qui hurlent sur une solution centrale qu’ils jugent obsolètes (oubliant généralement où ils étaient avant ça), les nouveaux acteurs qui font le siège des directions métiers avec un but évident de ringardiser la DSI et des éditeurs traditionnels qui ne rêvent que de faire la compliance du siècle cela n’est probablement pas de tout repos.

La chute du mur

La seconde est dans la musique.

Evidemment, si c’était un article sur la Star Ac’ cela interpellerait moins qu’un post sur le gartner 2016 à propos du CPM.

Il y a néanmoins une chose absolument saisissante dans ce qu’elle m’a décrit des rouages de l’industrie de la musique et du parallèle avec le monde du logiciel en général et du pilotage de la performance en particulier.

Confronté à une baisse tendancielle de ses revenus, l’industrie du disque traditionnelle n’a eu de cesse de demander des lois et règlements toujours plus durs et globalement inefficaces. La conséquence indirecte  n’a pas été de ralentir le flux des téléchargement illégaux ou de transformer les flux en en nouvelle manne pour une industrie arc-boutée sur des certitudes construites au temps du vinyle.

Non incapable de se remettre en question face à des deezer ou des spotify, elle s’est intéressée à maximiser ses revenus sur l’existant. En clair tondre les artistes et rappeler à l’ordre les consommateurs captifs (comme les bars ou les discothèques). C’est amusant de faire le parallèle avec l’industrie du software avec les compliances en tout genre qui tombent comme une pluie acérée sur les entreprises utilisatrices.

Maintenant la conséquence est l’émergence de solutions où les artistes deviennent plus maître de leurs destins en recevant une part plus grandes des royalties (surtout liés au concert) et en conservant en propre les droits liés à leurs créations. Evidemment cela fait naître de nouveaux acteurs.

La dernière est dans la distribution spécialisée.

Cash is King ou pas de main pas de chocolat

Les acteurs qui rentrent dans le Magic Quadrant sont fiers. On le serait à moins: être dans le gartner 2016 et y rester n’est pas donné à tout le monde.

Néanmoins, il faut séparer le bon grain de l’ivraie.

Un jour j’ai discuté avec quelqu’un qui m’a parlé de la façon dont il avait abordé la problématique d’un nouvel entrant dans son business en proposant d’un côté un service innovant et de l’autre des prix inférieur pour le même service. Tout cela avec un niveau de publicité jamais vu.

Il se trouvait que dans le domaine, les marges étaient faibles et le marché concurrentiels. Pour bien comprendre le fonctionnement, le groupe a décidé de monter une société dans les conditions exactes de ce nouvel arrivant gênant. Quelques mois plus tard, l’analyse était sans appel: l’entreprise perdait de l’argent car le coût d’acquisition client était délirant au regard du prix vendu.

La conclusion s’imposait d’elle-même: leur concurrent ne pourrait suivre que tant qu’il recevrait des fonds (et/ou ne paierait pas d’impôts) . Du pur dumping.

L’expérimentation avait en tout cas permis de bien comprendre la nature de l’eldorado ou plutôt du mirage et quand quelques temps plus tard les dirigeants du Game Changer sont venus pour se faire racheter, la réponse a été non.

Retour sur le gartner 2016

Après tout c’est quand même l’événement. Si on ne parle pas du magic quadrant Cpm gartner 2016 (ou qu’on a pas de Rolex c’est selon) avant cinquante ans  c’est qu’on a raté sa vie.

Certains vont donc mourir, emportés dans un maelstrom qui sera soit financier soit technique.

Vaincre ou mourir: le retour de la bulle Internet?

C’est un peu la philosophie qui s’est installée depuis une dizaine d’années avec le fameux « The winner takes all ». Cela me rappelle FI System qui a une époque bénie des dieux (bref j’étais plus jeune) affirmait qu’il allait enterrer IBM alors que son chiffre d’affaires représentait à peine quelques pour-cents des dépenses en recherche fondamentale (le vol des papillons quoi) de celui-ci.

Avec le recul c’est très drôle.

Ce qui l’était moins et c’est toujours le cas aujourd’hui, c’est que des clients et des investisseurs de second rang ont cru à ces fables et ont soit pris des solutions qui sont mortes de leurs belles morts soit investis à fond perdus dans des sociétés High Potential mais Low Actual.

My gartner 2016 is rich 

Si on regarde le gartner 2016 versus celui de 2015, on constate quelques changements factuels.

  • Oracle, IBM et SAP sont toujours leaders mais leurs positions évoluent négativement.
  • Adaptive Insights rentre dans le cadran des Leaders. Adaptive est rentré en 2014 et dans le gartner 2016 ils sont dans le saint des saints. Pas mal.
  • Hostanalytics et Anaplan s’en sortent bien, Tagetik décroche un peu.
  • LongView et Board décrochent tandis que Tidemark n’est plus présent. Prevero reste quasi-constant.
  • Infor et Talentia (notre représentant français) ont disparu, tandis que Jedox rentre dans la catégorie Niche Player.

 

Gartner 2016 Magic Quadrant Adaptive Insights Leader du CPM Corporate performance mnagement

Magic Quadrant Gartner 2015 CPM Suites - Adaptive Insights leader du Saas CPM

Le but du jeux étant normalement d’aller le plus haut à droite c’est assez déroutant de prime abord.

Maintenant si on prend un peu de recul sur ceux qui étaient déjà présents l’année dernière et qui sont reconduits dans le gartner 2016, que voit-on?  Tout ceux qui étaient à droite se recentrent (à l’exception d’Anaplan).

Ceci signifie que les solutions deviennent probablement plus proches en termes de fonctionnalités et de déploiement.

En tout cas les prochains mois vont être passionnants.

 

 

About the Author:

Valéry Feugeas
Valéry Feugeas, Associé Fondateur de Modellis, est passionné par les nouvelles technologies et leurs applications au travail et dans la vie quotidienne. Précédemment Valéry a exercé différents métiers dans le domaine de la Vente, de l'IT et du Contrôle de Gestion.

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