Transition vers le Cloud : un défi pour l’industrie du logiciel

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Transition vers le Cloud : un défi pour l’industrie du logiciel

Est-ce que la transition vers le Cloud est économiquement compatible avec les contraintes des éditeurs?

Je lis beaucoup dans les transports. C’est un moment privilégié je trouve pour se cultiver et nourrir sa réflexion.

Récemment j’ai parcouru deux articles à un jour d’intervalle. Le premier Oracle heads for the cloud était publié par The Australian Financial Review et le second est à retrouver sur Silicon.fr  « Prix, licensing, audits : Oracle l’éditeur le moins aimé des DSI« .

J’ai été assez frappé par plusieurs points en croisant les informations contenues dans ces deux articles.

Passer d’un modèle très rentable à un modèle qui le sera peut-être moins

Dans le premier, il y a notamment une phrase qui me laisse perplexe

Then there is the fear that the cloud won’t produce the type of profit margins that have been generated by Oracle’s traditional on-premises licence model because of that increased competition. Oracle disagrees. It says that for every $1 million of licences it sells under the traditional model it might expect to collect another $1 million from support over the subsequent five years. Whilst for every $1 million of cloud-based business it generates it hopes to collect $5 million over the next five years.

J’ai l’impression ici qu’on compare des choux et des carottes.

Premièrement si je vends une licence on-premises pour $ 1 million cela m’étonnerait qu’un client accepte de payer la même somme pour une année en mode SaaS où alors je n’ai rien compris. Ceci signifie que les ventes aditionnelles doivent progresser de façon vertigineuse pour compenser le sujet. Et il ya une règle importante c’est que le coûts d’acquisition client doit dans la mesure du possible rester inférieur à une année de souscription.

Second point, si effectivement le renouvellement de la souscription sur 5 ans fait clairement apparaître un net avantage pour le mode SaaS (comparé à la vente de licence et à un paiement de 20% de maintenance par an), il me semble que c’est oublier un peu vite que dans le premier cas il y a des coûts significatifs en plus (hébergement, exploitation,…). Lorsqu’on est dans une architetcure multi-tenant (tout le monde sur la même version), je peux imaginer qu’il y ait des gains très importants du fait de la mututalisation. Lorsqu’on est dans un cloud privé cela me semble beaucoup moin clair.

Il me semble que le modèle actuel pour les éditeurs traditionnels est beaucoup plus rentable que celui du SaaS  et que la transition vers le cloud est rendue encore plus compliquée pour ceux qui proposent des machines, des systèmes d’exploitation ou des couches middleware depuis des années à leurs clients.

A lire sur ce sujet 2015 Technology Industry Trends publié par Strategy& du réseau PWC

Computer hardware and software firms must choose between profit margins and revenue growth while eyeing new delivery models

Si c’est le cas alors on peut vraiment se poser la question du pourquoi cette transition vers le cloud.

Ce d’autant que dans le second article je suis tombé des nues.

Avant cela je tiens à préciser quelques points. Les deux articles concernent Oracle mais c’est du pur hasard et je ne souscris pas forcément au titre un peu racoleur du second (enfin ça marche car je l’ai lu) . Il me semble en plus que la fréquence des audits, des compliances, est naturellement plus élevées chez un éditeur universel qui propose de la base de données, des serveurs d’applications,des ERP et autres applications.

Ceci étant dit il y a un paragraphe qui si les données sont exactes est très perturbant pour cette transition vers le cloud des grands éditeurs

Selon l’éditeur Snow Software, 50 % du chiffre d’affaires d’Oracle en Grande-Bretagne est réalisé après les audits menés par LMS (License Management Services), le département responsable des audits de licences. En France, sur la seule partie base de données, la proportion tournerait aussi autour de 1 euro sur 2, selon un interlocuteur de Flexera Software.
En savoir plus sur  « Prix, licensing, audits : Oracle l’éditeur le moins aimé des DSI« 

Si on consière que 50% du revenu est lié à des redressements ou des ventes « compensatrices  » de licences il me semble complètement ubuesque de déclarer que les revenus liés au SaaS vont générer beaucoup plus de valeurs que les ventes de licences on-premises. Sachant qu’aujourd’hui il n’y a pas de coûts ou des coûts marginaux en face de ses compliances et qu’au contraire il y en a dans le Cloud, il me semble que cela affecte directement la bottom line (le résultat de l’entreprise).

Pourquoi?

Tout simplement car je ne vois pas comment il pourrait y avoir encore des compliances dans le cloud (le vrai , le multi-tenant) ou dans le SaaS. Il me semble en effet que dépositaire du service, l’éditeur aura du mal à expliquer que des licences sont utilisées de façon indues. Ceci étant il doit y avoir un biais dans mon raisonnement car a priori Salesforce fait aussi des audits.

J’avoue que tout ceci me plonge dans une profonde perplexité.

Une équation difficile à résoudre pour assurer la transition vers le Cloud

Comment en effet pourrait-on se priver de 50% de ses revenus, altérer de façon importante ses rentrées de trésorerie tout en augmentant ses coûts d’acquisitions clients?

En y réfléchissant un peu, je crois que plusieurs pistes se dessinent.

Racheter les acteurs Cloud et progressivement augmenter les prix.

C’est une solution mais qui coûte une fortune sans garantie de résultats. Aujourd’hui on voit des valorisations à 10, 12, 18 fois le Chiffre d’Affaires (sic!) . Cela me semble plus qu’aléatoire à moyen terme dans la mesure où si aujourd’hui une acquisition de ce type est « rentable » au niveau du cours de bourse de l’acquéreur, il y a des problèmes évidents de rentabilité à court terme et les clients peuvent changer de crèmerie beaucoup plus simplement.

Lire à ce sujet par exemple sur le site du monde informatique : Salesforce bientôt racheté par Oracle ?

Phagocyter les revenus de l’écosystème partenaire

Evidemment cela vaut pour les hébergeurs mais aussi pour les revendeurs ou les intégrateurs.

Simple au demeurant cette politique est cependant assez compliquée à mettre en oeuvre dans la réalité. Il se trouve que par souci d’économie et d’efficacité des politiques de ventes indirectes ont fleuri partout durant les 20 dernières années. La nature ayant horreur du vide, c’est souvent l’écosystème partenaire qui a pris le relais de la relation client.

Les acteurs économiques n’appréciant généralement que très modérément de se voir « trahi » par un partenaire historique, il y a des risques de voir le bel élant des éditeurs vers le cloud se heurter à certaines réticences de ce côté.

Diminuer ses coûts internes

Ceci est très probable.

Au-delà des soubresauts internes que cela entraînera innévitablement, il y a un besoin de réorganisation voir de transformation (mot qui prend ici tout son sens) qui est compliquée lorsqu’on doit faire le grand écart entre d’une part son passé et son présent  (on-premises) et d’autre part son futur (le Cloud, le SaaS).

Ceci est rendu encore plus compliqué par la pression des actionnaires qui d’un côté rêvent de valorisation de start-ups et veulent donc du Cloud et veulent en même temps des dividendes plantureux.

Et puis diminuer ses coûts ce n’est pas évident à moins de considérer que toutes ces entreprises sont très mal gérées et je ne crois pas que ce soit le cas. C’est particulièrement vrai si on doit accrôitre à marche forcé ses parts de marché dans le Cloud: il faudra bien vendre les solutions sans pouvoir compter sur un dévouement aussi absolu de l’écosystème actuel

Conclusion

Je ne sais pas si on peut conclure quoi que ce soit ici. J’ai juste l’impression que la tansition vers le Cloud appelé de ses voeux par le marché n’est pas du tout évidente pour les grands acteurs traditionnels même si à la fin des fins, il y a de grandes chances que ce soient toujours eux qui dominent le marché.

A mon avis il y aura quelques perturbations sur les cours de bourse de ces acteurs majeurs et probablement des recompositions et des alliances qui seraient apparues contre nature quelques années plus tôt (regarder Microsoft et Oracle ).

En tout cas, être directur financier ou directeur de la stratégie dans ces grands groupes doit être passionnant actuellement.

 

 

 

 

 

 

By |2017-01-18T13:10:51+00:00mai 23rd, 2015|Categories: Uncategorized|0 Comments

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Valéry Feugeas
Valéry Feugeas, Associé Fondateur de Modellis, est passionné par les nouvelles technologies et leurs applications au travail et dans la vie quotidienne. Précédemment Valéry a exercé différents métiers dans le domaine de la Vente, de l'IT et du Contrôle de Gestion.

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